JULIEN PAPPÉ, UNE VIE ANIMÉE
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Julien Pappé restaurateur
 
 

"Ce n’est pas Lumière qui a inventé le cinéma"


Cet article est paru dans le catalogue du Festival d’Annecy 1993. Julien Pappé avait été sollicité pour assurer la programmation du festival. Il avait à cette occasion présenté le spectacle du théatre optique.

Le Festival nous invite à remonter le temps avec la reconstitution du spectacle qu’Emile Reynaud donnait au Musée Grévin il y a plus de 100 ans. Et si Autour d’une cabine et Pauvre Pierrot ont survécu jusqu’à nous, c’est grâce au travail acharné du plus ardent défenseur du père de l’animation, Julien Pappé.

Modeste, il ne voulait pas d’un portrait narcissique et se cachait sous sa casquette ! Pourtant, s’il se sent si proche d’Emile Reynaud, c’est aussi parce qu’il peut - comme lui - porter toutes les casquettes : auteur, metteur en scène, plasticien, cameraman, monteur, producteur. Petit producteur, précise-t-il. Solitaire, il travaille chez lui, ou plutôt, il habite dans son studio, Magic Films, près de Paris. Il se considère un peu comme un artisan, a également fait beaucoup de recherches mécaniques, comme son grand-père spirituel, Emile Reynaud. « Son œuvre m’a ému très fort car elle a un côté lyrique, fragile mais une personnalité très riche. »

Il a réussi à restaurer les premières bandes il y a 15 ans et son expérience lui a permis de comprendre la démarche du père du cinéma d’animation. Et de s’indigner contre l’oubli qui recouvre son nom. « C’est le précurseur du cinéma. On l’a vampirisé, Lumière s’est servi de son invention (NDLR : le praxinoscope) en photographiant les images sur la pellicule et Edison a inventé les perforations en copiant ses bandes. Cela l’a rendu fou et il a détruit toute son œuvre. Cela fait tellement d’années que je manipule ses bandes, je suis totalement entré dans son univers et j’aimerais, aujourd’hui, faire une tentative d’interprétation libre d’un de ses films. J’ai retrouvé dans les archives de la Sacem des partitions de musique et de textes ainsi que quelques croquis conservés par la famille. Je fais ce travail à la fin de ma carrière et c’est avec un grand plaisir car je crois que j’apporte quelque chose de moi. »

Autodidacte, il n’aime pas les écoles, avoue qu’il a appris la plastique en se « tripotant le corps, la meilleure façon de comprendre la matière » et qu’il a rencontré au cours de sa longue vie (son allure juvénile et sa casquette de marin dissimulent totalement le septuagénaire qu’il avoue sans coquetterie) quelques de maîtres, quelques exemples qui lui ont transmis une part de leur savoir. Et il s’enflamme une dernière fois pour conseiller aux jeunes de ne pas travailler pour les autres. « Vous imaginez Braque ou Picasso travaillant pour une agence de pub ? S’ils sont arrivés à avoir leur langage propre, c’est qu’ils n’ont pas cédé. » Il défend mordicus le travail artisanal en petite équipe, « le chef d’œuvre à plusieurs qui est toujours un acte d’amour ce qui n’existe pas dans la fabrication industrielle. » Celui qui se définit comme un dernier des Mohicans du cinéma d’antan ne cédera pas non plus.

Florence Viel


 
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